La médecine cardiovasculaire : passé, présent et avenir

Dans le courant du XXe siècle, la majorité des pays ont fait leur transition épidémiologique (figure 1). Cela signifie qu'ils sont passés d'une structure de mortalité à dominante infectieuse à une structure de mortalité à dominante de maladies chroniques et dégénératives. C'est grâce au développement de l'hygiène, à la découverte des antibiotiques, au développement des services de santé et des hôpitaux, à la découverte des vaccins… qu'on a observé ce recul extraordinaire des décès par maladies infectieuses ; que l'on a observé un allongement lui aussi extraordinaire de l'espérance de vie permettant d'avoir la chance de pouvoir développer des maladies dégénératives et chroniques, notamment les maladies cardiovasculaires et les cancers.

À l'échelle mondiale, les maladies cardiovasculaires représentent la première cause de mortalité. En France, elles représentent la seconde cause de mortalité, la première cause pour les femmes. Les maladies cardiovasculaires, notamment l'hypertension artérielle, représentent le premier diagnostic en médecine générale : 17 millions d'adultes français sont hypertendus. Il y a plus de 1 600 000 nouvelles initiations de traitement antihypertenseur tous les ans en France (figure 2).

Figure 2 Les 16 chiffres clés de l'hypertension artérielle en France. Une part importante, peut-être les deux tiers, des décès cardiovasculaires sont évitables, ou au moins pourraient être retardés. Il existe donc une perte de chance importante concernant à la fois le dépistage des facteurs de risque cardiovasculaire et des maladies cardiovasculaires et leur prise en charge qui est loin d'être optimale. Comme tous les éditorialistes qui présentent un dossier thématique dans la revue de l'Internat de Paris, j'annonce qu'il y a eu des bouleversements exceptionnels dans ma discipline. Interne en cardiologie à la fin des années 1980 et au début des années 1990, aurais-je pu imaginer qu'on remplacerait souvent la valve aortique par voie transcutanée ? Aurais-je pu imaginer que les patients victimes d'infarctus quitteraient l'hôpital au bout de 48 h ? Aurais-je pu imaginer qu'on placerait au quotidien les malades dans un tube de scanner pour dépister la maladie coronaire ? ... Pour les jeunes collègues qui n'ont pas encore fait leur choix de discipline, embrassez la discipline cardiovasculaire, vous ne serez pas déçu et aurez une carrière passionnante. Les prédictions sur l'avenir sont toujours sujettes à caution ; néanmoins, je suis convaincu que les révolutions les plus disruptives sont à venir et que la discipline cardiovasculaire a un potentiel extraordinaire ! Ce dossier, écrit par les meilleurs spécialistes, donne l'État de l'art dans plusieurs domaines de médecine cardiovasculaire. Bonne lecture chers collègues.